Traverser les résistances
Quand on parle de monter un projet par soi-même, il y a une différence essentielle que j’ai mis longtemps à comprendre.
La différence entre se forcer à faire… et traverser la résistance de faire.
Au début, ça se ressemble.
Dans les deux cas, on avance.
Mais en vrai ce n’est pas du tout le même chemin.
Se forcer, c’est un rapport à soi qui dit : « je dois faire ».
Peu importe mon état, fatigue, confusion, émotions en vrac, je fais quand même.
Et parfois, oui, ça marche.
Le projet avance à contre-courant, porté par le plan, la discipline, l’exigence.
Mais tout repose alors sur une seule chose : la force de volonté.
Or elle est changeante. S’y appuyer uniquement est épuisant.
Les plus dispersé·es lâchent vite.
Les plus exigeant·es tiennent plus longtemps, jusqu’au moment où tirer sur la corde non stop finit par casser quelque chose.
Traverser la résistance, c’est autre chose.
C’est mettre en place de petites habitudes pour avancer sur ce qui aura des conséquences dans le moyen et le long therme.
Par exemple : écrire une page chaque matin, et la publier.
Ou réserver un créneau régulier pour lire, réfléchir, poser des idées.
Bien sûr, ancrer une habitude demande de l’énergie au début.
Il y a toujours ce moment de : « allez, je le fais quand même… même si je n’ai pas très envie ».
Mais la différence est fondamentale :
au lieu de tirer sur la volonté en permanence, on traverse la résistance et on construit une structure.
Prenons la métaphore du corps.
Porter une charge très lourde uniquement avec les muscles fatigue vite, et demande une grosse masse musculaire (énergie) pour tenir.
La porter avec sa structure osseuse bien alignée, permet de soutenir des poids énormes avec beaucoup moins d’effort.
Tant de disciplines se basent sur ce principe : trouver l’axe qui nous permets de faire des choses assez folles, si on sait « comment » les supporter.
D’où l’importance de se connaître.
Pour mieux s’utiliser.
Pour revenir a la différence entre exigence et habitudes, ce changement de rapport à soi fait souvent la différence entre continuer sur le long terme, ou tout lâcher par épuisement et perte de sens.
C’est une découverte qui a vraiment tout changé pour moi.
Si je veux que ça dure, vraiment, alors le plaisir et la fluidité ne sont pas un bonus, ce sont des conditions.
Dans ce chemin plus doux, les habitudes sont une clé, oui.
Mais il y a autre chose : l’intensité de la résistance.
Quand ce que nous voulons faire nous fait particulièrement peur, la résistance devient massive.
Prenons le même exemple simple : publier du contenu.
Je décide de me réserver une matinée par semaine pour écrire.
Sur le papier, tout va bien.
Alors que toute la semaine les idées foisonnent, au moment de me poser pour partager : nada. Le blanc total dans ma tête.
Quand émotionnellement ça bloque, ça ne sort pas.
Et forcer ne fera qu’aggraver le figement, ou entretenir l’habitude de se maltraiter en permanence.
Une résistance très forte est une information précieuse. Elle dit quelque chose à écouter plus attentivement. Peur de la visibilité, par exemple.
Si forcer n’est pas une bonne idée, rester figé ne l’est pas non plus.
La clé : avancer par petits micro mini pas, réels et concrets.
Des pas qui restent vertigineux (chacun ses peurs) mais qui donnent aussi envie.
Une personne que j’accompagne a décrit ça très justement en parlant d’un voyage qu’elle rêve de faire :
à la fois de la peur… et de l’envie.
Ah ! Cette sensation c’est une boussole du bon chemin.
C’est là que se joue, pour moi, l’imbrication du temps long et du temps court.
La vision d’où ont veut aller… et le geste minuscule d’aujourd’hui.
La créativité ressemble beaucoup au chaos.
Et le chaos se navigue avec deux règles simples :
– Un attracteur étrange :
savoir où l’on va, sans chercher à tout contrôler.
Un point vers l’avant.
– Et l’effet papillon :
des actions minuscules, répétées, dans cette direction.
Des habitudes à la taille exacte de ce qui est possible aujourd’hui.
C’est pour ça que la créativité me passionne autant.
Parce qu’elle pose la question essentielle de comment lâcher le contrôle ?
Comment arrêter de croire qu’on avance en forçant, en traçant un plan parfait, en voulant tout maîtriser.
Et commencer à faire confiance à quelque chose de plus vivant, plus présent, plus ici.
Allez, salut
Satya