Relier les points
Ce début d’année, chez moi, se résume en trois mots : relier les points.
Il y a quelques semaines, j’ai regardé une vidéo, puis acheté un livre : [[Arrêter d’oublier ce que vous lisez _ Elliot Meunier
Il y développe sa propre méthode de prise de notes.
J’ai eu ce sentiment assez particulier que j’ai parfois, quand quelqu’un met des mots et une structure sur quelque chose que je cherche depuis longtemps.
Comme si une méthode venait répondre, d’un coup, à tout un tas de questions que je me pose depuis des années.
Comment ranger toutes mes idées, et toutes celles que je lis ou que j’apprends, de telle sorte que je puisse :
les retrouver facilement quand j’en ai besoin,
créer des liens entre elles, des connexions entre un concept et un autre,
utiliser toute cette base de connaissances intégrée au fil des années pour produire, créer, transmettre.
Depuis longtemps, j’écris dans des carnets.
Au fil du temps, j’ai développé un petit système avec un index et des scotchs de couleur, qui me permet de retrouver assez facilement ce que je cherche.
Deux principes guident l’utilisation de mes carnets.
Le premier, c’est la sélection des informations :
Il n’entre dans mon carnet que ce qui est important pour moi : ce qui me touche, ce qui m’apprend quelque chose, ou ce qui pourrait me servir dans le futur.
Tout le reste, dehors. Je le note sur des feuilles à part, ou je le laisse passer.
Le second, c’est le recyclage des idées.
Pour m’inspirer et trouver des points d’accroche, je relis régulièrement mes anciens carnets. Je reformule ensuite les idées les plus parlantes dans mon carnet du moment.
De cette façon, les idées gagnent en profondeur, en densité, en clarté.
Petit à petit, j’ai commencé à voir apparaître des motifs. Des sujets qui revenaient. Des thématiques qui m’étaient propres.
Avec le temps, le rythme s’est accéléré. Remplir un carnet me prenait un an, puis six mois, puis trois, puis deux. Vous imaginez donc qu’au bout de six ans, ça commence à faire un sacré paquet de carnets.
Vers mon dixième carnet, je me suis rendu compte de quelque chose :
je n’avais matériellement plus le temps de revisiter toutes les notes prises les mois précédents.
C’est à ce moment-là que je suis partie faire une retraite en silence à l’abbaye de Sénanque.
Mon intention était de tout relire, et en extraire l’essentiel. Le distillat de ces années de notes.
Je sentais déjà le besoin de sortir d’un mode de pensée linéaire, une page après l’autre, pour commencer à voir les liens entre les sujets.
J’ai donc créé une première carte mentale avec tous les thèmes qui apparaissant dans ces carnets.
Cette carte m’a permis de voir que je ne suis pas éparpillée. Je suis quelqu’un qui s’intéresse à de nombreux domaines. Et ces domaines sont reliés entre eux.
Et que les même sujets que je traite aujourd’hui était déjà présents dans mes carnets 5 ans avant.
Cette intuition, relier des choses qui ne sont pas présentées ensemble, est au cœur de ma manière de comprendre la créativité.
C’est elle qui m’a permis de construire mes premiers cours de dessin : je prenais des exercices de danse et je les traduisais en exercices de dessin. Et ca marchait.
La facilitation graphique est née de la rencontre entre des personnes qui réfléchissaient à comment mieux travailler ensemble, et d’autres qui faisaient des cartes mentales.
Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans un paradigme de pénurie d’informations, mais dans celui de leur abondance absolue.
Le véritable enjeu n’est donc plus d’accéder à l’information, mais d’apprendre à la traiter : la qualifier, l’interpréter, se l’approprier.
Je suis convaincue que pour que toute l’information que nous consommons devienne réellement utile, qu’elle ait un impact sur notre vie, notre activité, notre manière de voir le monde, nous avons surtout besoin de relier et d’intégrer ce que nous savons déjà.
C’est une forme d’écologie du savoir.
Un recyclage qui ne consiste pas seulement à se nourrir de nouvelles connaissances, mais aussi à consacrer du temps à ordonner, approfondir et tisser les liens à partir desquels naissent de nouvelles idées.
Dans mes recherches pour passer d’une pensée linéaire à une pensée plus holistique, capable de percevoir l’ensemble, les connexions, les interactions, la méthode proposée dans ce livre m’a semblé offrir des outils concrets et accessibles.
Je me pose encore pas mal de questions sur comment faire interagir mes notes prises sur papier (je continue a utiliser mes carnets), puis celles du monde numérique. Mais cette histoire de deuxième cerveau numérique, est super intéressante.
À suivre.
Satya